Texte retraite juin 2019 : l'attention au corps

L’attention au corps Le Satipatthana sutta (sati : l’attention et patthana : l’instant présent) décrit les quatre fondements de l’attention pour un méditant : l'attention au corps : toutes les sensations physiques ressenties ainsi que la méditation sur certaines des parties du corps, l'attention aux sensations : agréables, désagréables ou ni agréables – ni désagréables (parfois traduites par neutres). l'attention aux perceptions : les 5 sens, le chaud, le froid, la douleur… l'attention aux phénomènes (dhammas) : les 5 agrégats, les 5 empêchements, les 7 facteurs d'éveil, les 4 incommensurables…

Et le sutta décrit plus précisément l’attention au corps : "Lorsqu’un bikkhou marche, il comprend justement : "Je suis en train de marcher." Lorsqu’il se tient debout, il comprend justement : "Je suis debout". Lorsqu’il est assis, il comprend justement : "Je suis assis". Lorsqu’il est couché, il comprend justement : "Je suis couché". Quelle que soit la position dans laquelle il dispose son corps, il la comprend avec justesse."

Le mot "justement"a ici un sens bien particulier. Il ne s’agit pas de contempler le corps, de l’admirer, ou le détester ou le disséquer mentalement. Henepola Gunaratana dans "Méditer au quotidien" décrit ainsi cette attention au corps : "Le but de la pratique est de devenir pleinement conscient de toutes les facettes de notre expérience en un flux ininterrompu, de moment en moment". " L’un des aspects de notre expérience le plus fréquemment ignoré est notre corps. Le cinéma dans notre tête est tellement attirant que nous avons tendance à retirer toute notre attention des sens du toucher et du mouvement. Les nerfs transmettent pourtant les informations correspondantes à chaque seconde, mais nous les avons en grande partie bloquées hors de la conscience. Au cours d’une journée, votre corps effectue toutes sortes de contorsions. Vous êtes assis, debout, allongé, en train de vous baisser, de marcher, de courir. Vous vous accroupissez, vous étirez… Les maîtres de méditation vous demandent de devenir conscient de cette danse non-stop. Au long de la journée, consacrez quelques secondes toutes les quelques minutes pour sentir votre posture. Ne le faites pas sous forme d’un jugement. Il ne s’agit pas d’un exercice ayant pour but de corriger vos attitudes ou destiné à améliorer votre apparence".

Ajahn Brahm écrit dans "L’art de disparaître" : "L’une des bonnes techniques de méditation à utiliser – particulièrement si vous êtes occupé – est l’attention au corps. Lorsque vous êtes dérangé, il est souvent difficile de se stabiliser de nouveau. Au lieu de revenir directement à la prise de conscience du moment présent, au silence et à la respiration, à Metta ou quelqu’autre type de méditation que vous utilisez, asseyez vous et devenez juste conscient des sensations et des perceptions dans votre corps". Se lever de l’assise n’est que changer de posture, mais l’esprit méditatif reste présent. Et selon une adaptation par Dürckheim d’un texte de Dogen (extraits) : "Si vous ouvrez ou fermez une porte, que cet acte d’ouvrir ou de fermer la porte ne vous inspire aucun sentiment de dégoût ou de mépris. Même s’il s’avère qu’elle est difficile à ouvrir ou difficile à fermer, ne ressentez aucune hostilité pour la porte, non plus pour le menuisier qui l’a réalisée, non plus pour les propriétaires des lieux ou leurs ancêtres. Soyez détachés ! Là où il n’y a pas d’attachement, il n’y a pas d’hostilité. Faites preuve envers la porte d’autant de diligence et d’attention que si vous étiez en présence d’un objet précieux. Il est important que votre esprit ne change pas selon la qualité de la porte. La porte d’entrée de la vieille maison est différente de la porte d’entrée du Dojo, différente elle-même de la porte d’entrée des toilettes. Adaptez votre geste d’ouvrir ou de fermer selon la porte à ouvrir ou à fermer. Une porte fermée avec bruit dénonce un comportement qui n’est pas celui qu’on peut attendre d’une personne qui pratique la Voie. Appliquez vous à bien ouvrir et fermer chaque porte silencieusement. Si vous ne comprenez pas l’importance de l’acte d’ouvrir et de fermer une porte, c’est que vous n’avez pas encore clarifié votre esprit ! Vos pensées dispersées galopent encore comme un cheval sauvage et vos émotions bondissent comme un singe de branche en branche ".


Enfin, Mingyur Rinpoche avec son humour caractéristique disait dans une conférence récente à Vancouver :

"En méditation, n’essayez pas de méditer, soyez juste relax"

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