Méditer sur le non-soi

Extrait d'un texte d' Ayya Khema présenté le 07 janvier 2019


Nous sommes persuadés que, pour survivre, nous avons besoin de nous identifier à tout ce que nous faisons et à tout ce que nous avons, qu’il s’agisse d’objets que nous possédons ou de personnes. C’est la survie du « moi ». Si nous ne nous identifions pas à une chose ou une autre, nous avons l’impression d’être dans le brouillard. C’est la raison pour laquelle il est difficile d’arrêter de penser en méditation : parce que, sans la pensée, il n’y aurait pas d’identification possible. Si je ne pense pas, à quoi puis-je m’identifier ? Il est difficile, en méditation, d’arriver à un stade où il n’y a vraiment plus rien à quoi s’identifier.


Le bonheur aussi peut être un objet d’identification : «Je suis heureux, je suis malheureux». Comme nous tenons beaucoup à survivre, nous sommes obligés de continuer à nous identifier à quelque chose. Quand cela devient une question de vie ou de mort pour l’ego – et c’est généralement le cas – la peur de perdre devient telle que nous risquons d’être dans un état d’angoisse constant. Nous craignons sans cesse de perdre soit les possessions qui font de nous ce que nous sommes, soit les gens qui font de nous ce que nous sommes. Par exemple, une femme qui n'a pas d'enfants ou qui perd son unique enfant ne se sent pas « mère » et la peur est partout. Il en va de même pour toutes les autres identifications. Ce n’est pas une situation de vie très paisible, n’est-ce pas ? Mais, à quoi est-ce dû ? A une seule chose : l’ego, le désir d’exister.


Bien entendu, cette identification aboutit au désir de posséder et la possessivité entraîne l’attachement. Ce que nous avons, ce à quoi nous nous identifions, nous y sommes attachés. Cet attachement, cette saisie, font qu’il est extrêmement difficile d’avoir un point de vue libre et ouvert. Nous nous attachons à toutes sortes de choses. Même si ce n’est pas à une voiture, à une maison ou à des personnes, nous sommes certainement attachés à nos idées et nos opinions. Nous sommes attachés au regard que nous portons sur le monde. Nous sommes attachés à l’idée de ce qui peut nous rendre heureux. Nous sommes peut-être attachés à une opinion sur la création de l’univers ou à la meilleure façon de gouverner un pays. Quel que soit l’objet de notre attachement, toutes ces idées nous empêchent de voir les choses telles qu’elles sont vraiment ; elles nous empêchent de garder l’esprit ouvert. Or, seul un esprit ouvert peut accueillir des idées nouvelles et les comprendre.


Le Bouddha comparaît les gens qui écoutent le Dhamma à quatre sortes de jarres. La première a des trous au fond : si on verse de l’eau dedans, elle ressort aussitôt – autrement dit, tous les enseignements ne lui serviront à rien. La seconde jarre est fêlée : si on verse de l’eau dedans, elle fuit – ces gens-là ne se souviennent pas de ce qu’ils ont entendu ; ils n’arrivent pas à comprendre ; il y a des fêlures dans leur compréhension. La troisième jarre est remplie à ras bord ; on ne peut pas y verser de l’eau puisqu’elle est déjà pleine : une telle personne a tellement d’opinions sur tout qu’elle ne peut rien apprendre de nouveau. Mais nous pouvons espérer être comme la quatrième jarre, celle qui est vide, sans trou ni fêlure ; complètement vide.


Je dirais que ce n’est pas notre cas mais, peut-être sommes-nous assez vides pour accueillir assez d’informations nouvelles. Etre vraiment vide d’opinions et de jugements signifie être libre de toute forme d’attachement. On n’est pas même attaché à ce que l’on croit être la réalité. Quelle que soit notre idée de la réalité, elle est forcément erronée sinon nous ne serions jamais malheureux, pas un seul instant ; nous ne ressentirions jamais de manque ; nous ne nous sentirions ni seuls ni démunis ; nous ne serions jamais frustrés, jamais désœuvrés. S’il nous arrive de l’être, c’est parce que, ce que nous croyons être réel, ne l’est pas. La vraie réalité est parfaitement et profondément satisfaisante. Si nous ne sommes pas parfaitement et profondément satisfaits, c’est que nous ne voyons pas la réalité dans sa totalité. Par conséquent, toute opinion que nous pouvons avoir est, soit erronée, soit partielle.


Comme nos opinions sont erronées ou partielles et limitées par l’ego, nous devons nous en méfier. Tout ce à quoi nous nous accrochons nous attache. Si je m’attache au pied d’une table, je ne peux pas passer la porte, il m’est impossible de bouger, je suis coincé. C’est seulement quand je lâcherai que je pourrai partir.

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