Les 5 empêchements à la méditation (2)

D'après "A propos des 5 empêchements" par Ajahn Akincano


3- La paresse, la somnolence ou encore la torpeur et l'inertie

Analogie : L’homme qui cherche à voir son image dans le miroir et trouve de l'eau gelée.

C'est la faiblesse de l'esprit qui vacille, qui est visqueux, submergé, incapable de suivre précisément l'objet de méditation. L'esprit devient apathique et ne parvient plus à garder la posture du corps droite et ferme. Les paupières deviennent lourdes, la tête tombe vers l'avant, le dos se courbe. Nous avons tendance à penser « je suis fatigué, je vais aller me reposer et ensuite je pourrai mieux me concentrer ».

Que faire ? Développer de l'énergie, appliquer cette énergie à la méditation, être capable de la maîtriser, de la gérer et de la projeter. C’est l’occasion d'apprendre à développer de l'énergie quand on est faible, fatigué, désespéré, déprimé…

Comment trouver de l'énergie ? Quelles sont ses ressources ?

  • Le corps. Considérer l’influence de la respiration qui est méconnue en occident. Dans la somnolence ou la torpeur, vous n'allez plus respirer, ou respirer à moitié, au tiers. Il va vous manquer à chaque souffle, un ou deux tiers de cette vitalité qui vient avec la respiration. Les indiens parlent du souffle prana qui est l'énergie de la respiration. Trouver à travers la posture, le sentiment de faire partie de cette terre, de pouvoir gérer l'énergie de la terre et de pouvoir gérer, par la respiration, une énergie assez primordiale

  • Notre énergie est épuisée : comprendre quelles sont les émotions qui pompent de l'énergie et comment maîtriser l'énergie disponible, sans s’éparpiller. Il y a tellement de choses qui nous intéressent dans ce monde ! Choisir… ! Pour chaque choix il y a un « non » et un « oui » : un oui ça signifie une douzaine de « non ». (Se marier cela veut dire « non » à beaucoup de compagnons possibles !) Donc chaque « oui » implique des « non » et chaque « non » exige une décision, une clarté, un « focus ». Pour pouvoir approfondir quelque chose, il faut rester aligné. Si vous vous éparpillez partout, vous ne foncerez pas, c'est simple. Noter l'importance du prix de la vie qui fait que, s'il vous reste longtemps à vivre, tout paraît possible alors que, dans le cas contraire, il faudra donner des priorités.

  • Comprendre ce qui gagne en nous quand on est fatigué et quand les obstacles gagnent… Quelque chose de nous qui ne veut pas être éveillé. Qui demande qu'on lui fiche la paix, qui ne veut pas se lever le matin, qui ne veut pas réfléchir, pas méditer, qui ne s'intéresse pas à la méditation, qui veut des plaisirs. C'est quelque chose qui arrive quand nous faisons beaucoup d'efforts dans notre pratique. On arrive à peu près à calmer l'esprit mais, en fait, on l'a tué, on l'a rendu aride. C'est un peu apocalyptique, un peu comme la lune : c'est beau, c'est paisible mais, en fait, il n'y a rien qui pousse. Une force d'inertie très primordiale en nous devient dominante et refuse que quelque chose bouge, se transforme. Quelque chose en nous a choisi cela, nous sommes complices de cela, il faut l'admettre. Pour faire face à l'ambiguïté de nos aspirations, nous avons intérêt à connaître ces obstacles, sinon ils vont continuer à nous envahir.

Le travail à faire : est un vrai travail de recherche et ça ne se fait pas pendant la méditation, ça ne guérit pas avec peu d'efforts. Il faut élargir l'image de soi-même pour trouver les aspects qui ne font pas partie de cette image et qui sont quand même assez puissants pour nous endormir et rendre notre esprit stérile.

Cette sorte d'auto sabotage se rencontre certainement aussi ailleurs pas seulement dans la méditation. Dans ses relations, dans la manière d'appréhender son travail. Quand ces schémas se répètent au cours de notre vie, cela vaut bien la peine de faire une recherche. Qu'est-ce qui gagne dans ce cas ? Souvent, c'est une partie de nous-mêmes qui n'a pas été admise.

En conséquence, ça demande de notre part une plus grande compréhension, plus approfondie, de notre tempérament, de nos motivations, de nos peurs, car souvent ce sont nos peurs qui se protègent – contre un succès, par exemple – et qui se servent du sabotage. Tandis qu'une partie de nous veut méditer, une autre partie ne le veut pas et, ne pouvant le dire, dispose un obstacle. Elle ne dit pas : « Arrête de méditer, c'est bête ! » mais : « Oui, c'est bien que tu médites… mais, maintenant, je vais t'endormir, ou je vais changer quarante fois d'objet de méditation, de façon à ce que tu ne puisses pas en approfondir un seul ! » On a souvent le même travers dans la vie. C’est quelque chose d'assez puissant car ce n’est pas un « non » déclaré. Quand une partie de nous dit « je veux faire cela » et l'autre dit « non, je ne veux pas » c'est assez facile: on négocie un peu et on arrive à un compromis où tous les deux gagnent. Quand les « non » sont souterrains, c’est parce qu’ils ne sont pas admis. Il n'y a pas de négociations et par conséquence tous les deux perdent. C'est un processus corrosif et très destructeur.


4- L'agitation, l’inquiétude et les remords

Analogie : L’homme qui cherche à voir son image dans le miroir et trouve de l'eau balayée par le vent.

C’est une inquiétude, une sorte de nervosité qui nous empêche de trouver le calme mental, elle nous empêche de trouver la clarté, la lucidité de l'esprit. C'est cette lucidité qui est nécessaire pour avoir une compréhension juste.

Elle se traduit de deux façons :

  • Dans le corps : un trouble du corps, on a des douleurs partout. Parfois ces petites douleurs ont l'air sérieux, cela pourrait être « ma sciatique qui se réveille » … il faut bouger... C'est très convaincant et il est difficile de ne pas y croire. Il y a toute une histoire qui se monte en rapport avec cela dès que l'on commence à donner de l'intérêt à ces sensations.

  • Dans le mental : nous sommes perturbés par des remords. Au lieu d'être un problème physique, c'est un problème mental, quelque chose que nous avons fait nous trouble. Nous nous sentons soit coupable soit responsable.

Pourquoi ?

  • Une résistance au niveau physiologique, parfois une peur de vraiment s'engager car on risque quelque chose lorsqu'on s'engage : on doit entrer dans un cadre, on doit changer, se transformer. Pour engager cette transformation, il faut de l'énergie.

Exemple : On est dans son lit le matin, c'est agréable, le ciel est bleu, l'oreiller est doux, il ne se passe rien et rien ne change. Avant que ça change, un rassemblement de l’énergie, une intensification de la situation.

Accepter l'intensification de notre expérience est à la base de toute transformation. L’intensification peut être désagréable. Pour comprendre la souffrance, il faut souffrir d'abord. Or, nous ne voulons pas souffrir et si nous souffrons, nous ne désirons pas le sentir, nous ne voulons pas l’admettre. L’agitation du corps est la résistance cachée à cela. On s'empêche de risquer quelque chose, de s'engager et on provoque des petits phénomènes physiologiques qui nous empêchent de vraiment porter les coups à fond, de vraiment foncer => Ne pas bouger.

Les remords sont la conséquence de la manière dont nous conduisons notre vie. Si nous vivons d'une façon qui provoque des remords cela remontera pendant que nous méditerons. Dès que cela remonte, cela nous empêche de nous unifier. C'est pour cette raison qu'une vie éthique est la base de tout progrès dans la méditation. Dans la tradition bouddhiste on parle toujours de sila la discipline éthique. La parole juste, l’acte juste, le mode de vie juste.

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