Les 5 agrégats (3)

Soirée du 16 avril 2018

Le 4ème agrégat : Les Sankharas, les formations mentales

L’intellect, ce qui pense, ce qui réfléchit, ce qui déduit, mais aussi les états mentaux : joie, colère, tristesse, désir, envie, somnolence…

Encore des choses que l’on croit maîtriser… comme par exemple les 5 empêchements dans la méditation : désir, aversion, agitation, torpeur ou doute… D’ailleurs, si ils sont considérés comme des empêchements, c’est que vous ne maîtrisez pas ces états mentaux, donc déjà vous avez envie de dire : “Je ne suis pas cela, cela n’est pas moi, et cela n’est pas à moi”.

Faites cet essai : Après avoir pris une décision, quelle qu’elle soit, refaites la démarche qui vous a amené à cette décision… et si vous observez bien les étapes, vous verrez que vos décisions, vos intentions ne sont que le fruit d’une série de causes et de conséquences. Vous croyez que ces décisions et ces intentions sont issues d’un “je” qui pense et qui vous a amené jusque là en toute connaissance de cause. En fait, regardez de près, de très près, ce processus, notamment en méditation, et vous découvrirez que ce processus est issue d’action et de réactions très basiques qui répondent à “désir ou aversion”… rien de plus. Cette compréhension peut être difficile à expérimenter, voire faire mal ou être juste bizarre quand elle vient sous forme de compréhension profonde, mais c’est aussi très libérateur, car derrière tout cela, il n’y a pas de moi, mais que du désir, de l’aversion, de la saisie et de la soif. Et il est libérateur de comprendre vraiment que pour “désir, aversion, saisie, soif”, s’applique aussi : “Je ne suis pas cela, cela n’est pas moi, et cela n’est pas à moi”

Le 5ème agrégat : La conscience

Ce concept est un peu plus difficile à saisir car il ne correspond pas du tout aux différentes significations occidentales du mot “conscience”. D’ailleurs, faites l’expérience autour de vous, demandez ce qu’est la conscience et vous entendrez que personne ne peut vous définir la conscience et que vous obtiendrez beaucoup de versions différentes… et en général des définitions pas ou peu claires en plus.

Dans le bouddhisme, la conscience n’est créée, générée que quand il y a un contact, c’est à dire un lien entre un objet à percevoir, un organe sensoriel et un sens opérationnel. La conscience peut donc être soit visuelle, soit olfactive, soit pensante puisque la pensée est le 6ème sens bouddhiste, etc. De plus, elle n’a qu’un aspect à la fois, même si’ l’on croit qu’elle peut en avoir plusieurs en même temps. En fait, les apparitions et disparitions d’une nature de conscience sont si rapides que l’on n’a pas le temps de percevoir le changement en temps normal et que l’on croit que la conscience est continue. Cela peut vous donner un aperçu de la notion d’instant de conscience et de rapidité d’un instant au sens bouddhiste.

La conscience elle-même n’a pas de nature propre, elle est indifférenciée. Il n’y a pas non plus une conscience latente en attente d’être sollicitée par un des 6 sens. Elle est générée à chaque contact et un seul à la fois. Du fait qu’elle est créée à chaque contact, elle est donc conditionnée et par là-même elle a donc aussi les 3 caractéristiques : impermanente, sans soi et insatisfaisante.

Dans des états profonds de samadhi, les sens ne sont plus sollicités de la même manière, voire même plus sollicités du tout. C’est alors que la conscience prend conscience d’elle-même, de sa véritable nature. C’est ce qui est décrit dans le Bahiya sutta :

« Très bien Bahiya. Voici comment tu dois pratiquer : Dans ce qui est vu, qu’il n’y ait que ce qui est vu. Dans ce qui est entendu, qu’il n’y ait que ce qui est entendu. Dans ce qui est ressenti, qu’il n’y ait que ce qui est ressenti. Dans ce qui est connu, qu’il n’y ait que ce qui est connu. Voilà comment tu dois pratiquer. Quand, pour toi, il y aura simplement ce qui est vu dans ce qui est vu, ce qui est entendu dans ce qui est entendu, ce qui est ressenti dans ce qui est ressenti, et ce qui est connu dans ce qui est connu, Alors, Bahiya, il n’y aura pas de saisie de ces objets. Quand il n’y a pas de saisie des objets, il n’y a pas de « toi » en eux. Quand il n’y a pas de « toi » en eux, tu n’es ni ici ni au-delà ni entre les deux. Cela, simplement cela, est la fin de la souffrance. »

Encore une fois, pour la conscience : “je ne suis pas cela, cela n’est pas moi, et cela n’est pas à moi”

Et le tour de magie évoqué par le Bouddha est que les 5 agrégats fonctionnent tellement en parfaite coordination dans un jeu de causes, d’effets, de conditions et de conséquences, d’instants très courts en instants trop courts pour être perçus en temps normal… et rien d’autre que cela… derrière, pas de “je”, pas de “moi”, pas de “mien”, pas d’ego. Cet n’a pas pu être trouvé dans un des 5 agrégats, ni dans leur somme, ni dans leur fonctionnement conjoint.

En résumé : Un objet active un sens (1er agrégat) qui donne une nature de conscience (5ème agrégat). Cela va être ressenti comme agréable ou désagréable (2ème agrégat), analysé, reconnu, perçu (3ème agrégat), puis interprété par les formations mentales (4ème agrégat) qui vont générer un état mental qui va causer une action gouvernée par l’ignorance et répondre au mode désir - aversion, ce qui va générer un acte (mental ou physique) et donc du karma et donc retour à un objet qui active un sens et etc… et ainsi créer un monceau de Dukkha.

Et encore plus résumé : “je ne suis pas cela, cela n’est pas moi, et cela n’est pas à moi”

0 vue0 commentaire

Posts récents

Voir tout

L'importance des Kalyana Mitta

Les méditants qui pratiquent Vipassana dans la tradition Theravada se sentent souvent seuls ou isolés dans leur poursuite de la méditation à leur retour des retraites auxquelles ils peuvent participer

La gratitude

"Ne manquez pas d'ajouter votre grain de poussière au sommet de la montagne des actes bénéfiques" (Dogen - Instructions au cuisinier Zen) Luang Por Liam - Ce n'est jamais mal (traduit en anglais par A

Texte retraite juin 2019 : l'attention au corps

L’attention au corps Le Satipatthana sutta (sati : l’attention et patthana : l’instant présent) décrit les quatre fondements de l’attention pour un méditant : l'attention au corps : toutes les