Les 5 agrégats (2) - Sensations et Consciences

Session du 12 novembre


Le 2ème agrégat : les sensations ou les ressentis

Dans le bouddhisme, l’agrégat des sensations se résume à trois possibilités : agréable, désagréable, ni l’un ni l’autre dit parfois neutre. Or, les sensations apparaissent avant le concept et l’histoire que l’on va ajouter qui est “j’aime, je n’aime pas…” Ces sensations sont acquises, culturelles. Par exemple, la nourriture légèrement sucrée est agréable pour un occidental mais reste un truc fade donc désagréable dans l’Inde du sud où l’on mange très épicé, ce que la plupart d’entre nous trouverait désagréable.

Diriez-vous que les ressentis s'ils sont culturels peuvent être changés ? Oui, mais cela n’empêche pas que vous ne décidez pas comment les gérer, comment les changer et comment faire pour qu’ils n’apparaissent même pas. Essayez à partir de demain de trouver agréable l’odeur d’œuf pourri…

Néanmoins il est intéressant de voir comment et quand ils apparaissent. En fait, très vite et très tôt dès qu’il y a eu un contact au sens bouddhiste, c’est à dire la présence d’un objet à percevoir, d’un organe de perception et un sens de perception. Cette sensation apparaît avant même l’identification de l’objet perçu, et avant le concept décrivant cet objet. Et ce n’est qu’après cette sensation que va apparaître justement le concept qui lui va conduire au désir-attachement ou à l’aversion. L’objet en lui-même n’a pas cette propriété. Une chose agréable pour moi ne l’est pas forcément pour quelqu’un d’autre. Et le désir ou l’aversion que je peux en avoir ne sont liées qu’à l’idée que je m’en fais.

En méditation, il est utile d’apprendre à reconnaître l’instant où apparaît le ressenti… car en notant simplement ce qu’il est, juste “agréable” ou “désagréable” au moment même où il apparaît, toute la suite de l’histoire s’arrête, il n’y a alors ni désir, ni aversion, donc plus de saisie, plus de soif, plus de devenir… plus de karma…

Faites-en l’expérience lors de vos méditations, apprenez à percevoir cet instant de sensation, de connaître ce qu’il est et voyez le reste, la suite ne plus apparaître. Vous pourrez ensuite avec de l’attention au sens de “Sati”, faire la même chose dans votre vie de tous les jours et ne plus vous embarquer dans “vos histoires habituelles”. C’est très libérateur mais cela demande juste un peu d’entrainement. Et vous verrez chaque fois et progressivement dukkha perdre du terrain.

Mais comme les ressentis apparaissent hors de mon contrôle, avant tout concept même celui de l'identification de l’objet perçu, que je dois apprendre à reconnaître l’instant de sa naissance qui m’échappe en temps normal, que je dois me déconditionner pour qu’une chose habituellement agréable puisse devenir désagréable ou l’inverse, alors, c’est encore quelque chose dont on peut dire : “Je ne suis pas cela, cela n’est pas moi, et cela n’est pas à moi”.


Le 5ème agrégat : Les consciences ou les actes de conscience

Ce concept est un peu plus difficile à saisir car il ne correspond pas du tout aux différentes significations occidentales du mot “conscience”. Faites l’expérience autour de vous, demandez ce qu’est la conscience et vous entendrez que personne ne peut vous définir la conscience et que vous obtiendrez beaucoup de versions différentes… et en général des définitions pas ou peu claires en plus.

Dans le bouddhisme, une conscience n’est créée, générée que quand il y a un contact, c’est à dire un lien entre un objet à percevoir, un organe sensoriel et un sens opérationnel. Une conscience ou acte de conscience peut donc être soit visuelle, soit olfactive, soit pensante puisque la pensée est le 6ème sens bouddhiste, etc.

  • Quand il y a contact, il y a mise en relation d’un sujet (une forme le 1er agrégat) et d’un objet, avec la faculté sensorielle (toujours celle du 1er agrégat). Cela génère la sensation (2ème agrégat)

  • Cette sensation quand elle est perçue est un acte de conscience (5ème agrégat). L'acte de conscience crée la dualité sujet objet c'est à dire la conception d’un moi face au monde. Ce qui entraîne un ressenti (ceci m’est agréable / désagréable).

  • La forme (le corps, 1er agrégat) ), la sensation (2ème agrégat) , l'objet (1er agrégat) et l'acte de conscience (5ème agrégat) sont intrinsèquement liés : pour qu’il y ait sensation, il faut qu’il y ait l'acte de conscience mais il n'est pas possible sans objet des sens & faculté sensorielle.


L'acte de conscience est instantané

Le bouddhisme postule deux choses :

  • un temps « atomiste », c’est à dire un temps fait d’instants insécables.

  • tout phénomène n’existe qu’un seul et unique instant

Il est intéressant de voir que ces axiomes vieux de 2500 ans sont repris par les physiciens d'aujourd'hui :

"Et comme pour la matière, il existe en quelque sorte, des particules élémentaires de temps...

C'est là mon domaine de travail, celui de la gravité quantique. Nous cherchons encore à comprendre la nature quantique du temps. Nous pensons que le champ gravitationnel n'échappe pas aux propriétés des atomes, que comme la matière, il n'est pas continu mais formé de « grains », de quantas et qu'il l'existe un intervalle minimal, une sorte de particule élémentaire du temps impossible à diviser. Nous avons une idée assez précise de sa valeur..."

Carlo Rovelli – L’Ordre du Temps - 2018



En conséquence, la conscience sensorielle n’a qu’un aspect à la fois, même si l’on croit qu’elle peut en avoir plusieurs en même temps. Les apparitions et disparitions des actes de conscience sont si rapides que l’on n’a pas le temps de percevoir le changement. En temps normal on pense qu'il existe UNE CONSCIENCE et qu'elle est continue. Mais il n'y a que des actes de conscience discrets dans un flot successif.

LA CONSCIENCE est une notion conceptuelle qui n'a pas de nature propre. Il n’y a pas de conscience latente en attente d’être sollicitée par un des 6 sens. Créée à chaque contact, la conscience est donc conditionnée et a donc les 3 caractéristiques : impermanente, sans soi et insatisfaisante.




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