les 5 agrégats (2)

Le 2ème agrégat : les sensations

Dans le bouddhisme, l’agrégat des sensations se résume à trois possibilités : agréable, désagréable, ni l’un ni l’autre dit parfois neutre. Or, les sensations au sens de Vedana apparaissent avant le concept et l’histoire que l’on va ajouter qui est “j’aime, je n’aime pas…” Ces sensations sont acquises, culturelles. Par exemple, la nourriture légèrement sucrée est agréable pour un occidental mais reste un truc fade donc désagréable dans l’inde du sud où l’on mange très épicé, ce que la plupart d’entre nous trouverait désagréable.

Oui alors, direz-vous, des vedanas s’ils sont culturels peuvent donc être changés… Oui, mais cela n’empêche pas que vous ne décidiez pas comment les gérer, comment les changer et comment faire pour qu’ils n’apparaissent même pas. Essayez à partir de demain de trouver agréable l’odeur d’oeuf pourri…

Néanmoins ce qui est intéressant, c’est de voir comment et quand ils apparaissent. En fait, très vite et très tôt dès qu’il y a eu un contact au sens bouddhiste, c’est à dire la présence d’un objet à percevoir, d’un organe de perception et un sens de perception. Cette sensation apparaît avant même l’identification de l’objet perçu, et avant le concept décrivant cet objet. Et ce n’est qu’après cette sensation que va apparaître justement le concept qui lui va conduire au désir-attachement ou à l’aversion. L’objet en lui-même n’a pas cette propriété. Une chose agréable pour moi ne l’est pas forcément pour quelqu’un d’autre. Et le désir ou l’aversion que je peux en avoir ne sont liées qu’à l’idée que je m’en fais et de cette idée découle le désir ou ‘aversion, en fait la saisie et la soif.

En méditation, il est utile d’apprendre à reconnaître l’instant où apparaît le vedana… car en notant simplement ce qu’il est, juste “agréable” ou “désagréable” au moment même où il apparaît, toute la suite de l’histoire s’arrête, il n’y a alors ni désir, ni aversion, donc plus de saisie, plus de soif, plus de devenir… plus de karma…

Faites en l’expérience lors de vos méditations, apprenez à percevoir cet instant de vedana, de connaître ce qu’il est et voyez le reste, la suite ne plus apparaître. Vous pourrez ensuite avec de l’attention au sens de “Sati”, faire la même chose dans votre vie de tous les jours et ne plus vous embarquer dans “vos histoires habituelles”. C’est très libérateur mais cela demande juste un peu d’entrainement. Et vous verrez chaque fois et progressivement Dukkha perdre du terrain.

Mais comme les vedanas apparaissent hors de mon contrôle, avant tout concept même celui de l'identification de l’objet perçu, que je dois apprendre à reconnaître l’instant de sa naissance qui m’échappe en temps normal, que je dois me déconditionner pour qu’une chose habituellement agréable puisse devenir désagréable ou l’inverse, alors, c’est encore quelque chose dont on peut dire : “Je ne suis pas cela, cela n’est pas moi, et cela n’est pas à moi”.

Le 3ème agrégat : les perceptions

Comment reconnaître tout ce qui arrive à l’esprit ? Comment réfléchir ? L’agrégat des saññas est l’endroit où tout se passe. une information arrive, elle est comparée à ma base de données mémorielle interne. Là, la chose est identifiée, reconnue, nommée, appréciée par sa couleur, sa forme, sa texture… Elle est comparée, plus grande que, plus petite que, bien, pas bien, moins bien, plus loin, plus près…

C’est l’endroit où s'enregistrent les données, les apprentissages. c’est le lieu de la réflexion, des constructions mentales, des hypothèse, etc. Là où on se croit en terrain connu, là où on se dit “Je” pense donc “Je” suis…

Si c’est vous, si c’est à vous, vous devriez alors maîtriser ce qui s’y passe… Pourtant… Est-ce que vous savez comment est organisé votre disque dur intérieur ? Où et comment sont stockées les données ? Savez-vous comment cela fonctionne ? Comment allez-vous chercher un souvenir et où ? Et pourquoi vous oubliez certaines choses ? et justement celle dont vous avez besoin parfois ? Vous n’avez jamais de perte de mémoire ?

D’ailleurs, lors de votre prochaine assise de méditation, dites à cet agrégat de ne pas vous perturber avec des pensées dont vous ne voulez pas, des souvenirs qui vous dérangent, des envies qui sont malvenues en cet instant. Demandez lui d’arrêter les pensées… ou de ne vous donner que les bonnes, les agréables… Combien de fois en méditation vous avez dit à votre esprit “Non, pas çà, pas maintenant, laisse moi tranquille avec çà... “? D’ailleurs quand vous pensez à quelque chose en méditation, avez-vous remarqué que vous ne savez même pas comment est choisie la pensée suivante qui vous perturbe et qui a remplacé la précédente qui vous perturbait aussi.

Mais au fait… si çà vous perturbe… c’est bien que vous pouvez encore dire :

“Je ne suis pas cela, cela n’est pas moi, et cela n’est pas à moi”

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