Les 5 agrégats (1)

Soirée du 12 mars

Après la question “pourquoi vient-on méditer ?” et avoir essayé de démontrer que l’ego n’existe pas, se pose la question “Mais alors, qui vient méditer ?”

Le bouddhisme propose une partie de la réponse par le biais des 5 agrégats. Le mot pali est “khanda” et “skhanda” en sanskrit, qui signifie “tas”, “amas” ou agrégat.

Les 5 khandas sont :

Rupa : la matérialité : le corps et les sensations corporelles, les sensation physiques qui se rapportent aux 5 sens (goût, vue, odorat, toucher, ouïe),

Vedana : les ressentis ou sensations au sens bouddhiste : agréable, désagréable ou ni agréable ni désagréable parfois dite neutre,

Sanna : les perceptions : ce qui identifie, ce qui compare, ce qui classe, stocke, mémorise, caractérise,

Sankhara : les formations mentales : l’intellect, ce qui réfléchit, pense, mais aussi les états mentaux, joie, tristesse, peur, colère, les empêchements, la somnolence, l’agitation, tout ce qui se passe dans le mental sauf les sensations et les perceptions,

Vinna, citta, mana : la conscience: ce qui reconnaît en premier un objet perçu comme relevant d’un des 6 sens bouddhistes (la pensée est en plus des 5 sens physiques). On parle de conscience sensorielle, conscience auditive, conscience gustative, conscience pensante. Mais une seule conscience neutre qui prend la “couleur” du sens concerné, qui change en fonction de ce qui est perçu.

Bouddha appelle aussi les 5 agrégats “le tour du magicien”. En effet, dans le bouddhisme, ces 5 agrégats fonctionnent ensemble, presque en même temps et en parfaite coordination. Le tour de magie est dans le fait que derrière ce bel ensemble, il n’y a personne pour le faire fonctionner ! Et non ! Pas de commandant, pas de chef, pas de pilote… et pourtant, on est suffisamment trompé pour croire qu’il y en a un qui s’appelle... l’ego.

Avant d’aller plus loin, gardez en mémoire ces phrases du Bouddha qui s’appliquent à beaucoup de phénomènes et qui se rapportent à la saisie notamment du moi : “je ne suis pas ceci, cela n’est pas moi, et cela n’est pas à moi”.

Commençons par le 1er agrégat : le corps. C’est mon corps, c’est moi qui dirige, c’est moi qui décide. Oui… parfois… quand je décide de marcher pour aller quelque part, le corps le fait le fait. Je veux bouger ma main, elle s’exécute. Voyons les choses autrement. Je donne l’ordre de marcher, le corps exécute mais une fois l’ordre donné, je ne gère plus grand chose… le corps sait faire, et il n’a plus vraiment besoin de “moi”... et en fait, pour marcher, il y a énormément de nerfs, de muscles, de tendons, d’équilibre et de choses à gérer dont je ne m’occupe pas et dont je ne sais pas m’occuper, consciemment en tout cas. Heureusement, le corps sait gérer sans mon contrôle. Je bouge la main, j’ai donné ou pensé l’ordre d’ailleurs en général de manière inconsciente. Et à chaque instant du parcours de la main, les sens me confirment que le mouvement a bien lieu, que la main bouge mais “je” n’exécute rien dans ce mouvement. Quand je soulève un verre d’eau, le corps sait exactement quelle force donner pour que le verre arrive plein à ma bouche… “Je” n’ai rien géré non plus de toute la somme d’opérations demandées dans ce “simple” geste. Dites à votre corps de ne pas avoir faim ou soif, de ne pas bailler, à votre estomac de ne pas gargouiller. Avalez quelque chose et essayez de gérer la suite et la parcours de cet aliment. Arrêtez de manger, de dormir, d’aller aux toilettes, de respirer. Demandez lui de ne pas vieillir et de de ne pas être malade ou vous faire mal. Et vous découvrirez très vite qui dirige et qui est le chef des opérations. Alors, ce corps n’est pas à moi, parce que je ne le dirige pas ou que très partiellement. Peut-être que ce corps est moi alors. Quand je me coupe les cheveux, les ongles, la barbe… je perds une partie de moi ? Les personnes amputées ou infirmes sont un moi complet même s’il peut être abimé extérieurement ou intérieurement. Donc ce corps n’est pas moi non plus et je ne suis pas ce corps non plus. Je n’y habite pas non plus ou alors c’est une prison dont je ne peux pas sortir. Si c’était moi, je n’aurai pas choisi cela comme solution de vie. Et quand je dors ? que je n’ai plus conscience de ce corps, je ne suis plus moi ? il n’y a plus de moi, plus personne qui habite dans ce corps ? Rappelons-nous : “Je ne suis pas ceci, cela n’est pas moi, et cela n’est pas à moi”.

0 vue0 commentaire

Posts récents

Voir tout

L'importance des Kalyana Mitta

Les méditants qui pratiquent Vipassana dans la tradition Theravada se sentent souvent seuls ou isolés dans leur poursuite de la méditation à leur retour des retraites auxquelles ils peuvent participer

La gratitude

"Ne manquez pas d'ajouter votre grain de poussière au sommet de la montagne des actes bénéfiques" (Dogen - Instructions au cuisinier Zen) Luang Por Liam - Ce n'est jamais mal (traduit en anglais par A

Texte retraite juin 2019 : l'attention au corps

L’attention au corps Le Satipatthana sutta (sati : l’attention et patthana : l’instant présent) décrit les quatre fondements de l’attention pour un méditant : l'attention au corps : toutes les