Les 3 caractéristiques (3) - l’impermanence

Soirée du 22 janvier

Tous les phénomènes conditionnés comportent Anicca - l’impermanence - comme caractéristique. Or, tout est conditionné. Je vous laisse essayer de trouver une seule chose qui n’est pas conditionnée…

Comprendre complétement une des trois caractéristiques Dukkha, Anicca ou Anatta , c’est comprendre les deux autres. Elles sont liées et en interaction . Comprendre la nature profonde de cette interaction, c’est mettre fin à la souffrance. Mais étudier ces concepts et essayer de les comprendre dans le bouddhisme nous amène à revoir toute notre vision habituelle que nous avons du monde.

ANICCA - L’impermanence

Il est assez aisé de comprendre que tous les phénomènes naissent, atteignent leur apogée et déclinent pour disparaître. Mais il faut ajouter pour une compréhension plus juste d'anicca, le fait que tous les phénomènes changent en permanence. C'est l'image de la personne qui ne peut pas se baigner deux fois dans la même rivière. L'eau coule, le baigneur vieillit de seconde en seconde, la température, le vent, la qualité de l'air, la luminosité évoluent sans cesse.

Supposons que vous décidez de vous arrêter. Là, tout de suite maintenant. Arrêtez tout ce que vous êtes en train de faire. En fait… rien ne s’arrête, ni la course de la terre, des étoiles, des planètes, ni le temps, ni les saisons, ni votre organisme, ni votre vieillissement, ni votre respiration, ni le fonctionnement de vos cellules, ni vos ressentis, vos sensations, vos perceptions… C’est comme s’arrêter sur un tapis roulant qui lui continue sa course.

Parfois, l’impermanence nous arrange quand elle met fin à la maladie, à la tristesse, à la peur, à tout ce qui est difficile. Là, on est bien content que l’impermanence existe. Par contre, quand les moments sont agréables, joyeux, doux, paisibles, on aimerait qu’ils ne s’arrêtent pas, jamais. Pourtant même un plaisir qui dure devient une souffrance…Le “je” fonctionne en continu dans un mode “désir ou aversion”. “Désir”, je veux que les choses agréables durent, “aversion”, je veux que les choses pénibles ne durent pas. Elles sont en fait par nature impermanentes, tout évolue en continu. Ne pas reconnaître l’impermanence de toutes choses, c’est générer et entretenir Dukkha, c’est ne pas reconnaître les choses telles qu’elles sont, dans leur véritable nature.

La compréhension plus poussée de l’impermanence remet même en cause la temporalité. Si l’on ne peut revivre le passé qui n’existe plus et que le futur ne sera jamais et que le seul présent existe, qu’est-ce qui crée la notion de temps ? C’est la mémoire. La mémoire “invente” à partir de la succession des instant présents une continuité du phénomène. En fait, le phénomène se renouvelle d’instant en instant tant que les conditions qui lui permettent d’apparaître existent. Si une des conditions changent, le phénomène change, mais il n’existe vraiment que dans l’instant présent. un phénomène qui dure n’est jamais identique à lui-même. Cette non-continuité se retrouve dans la coproduction conditionnée que nous verrons plus tard qui se résume par : Ceci étant, cela devient ; Ceci apparaissant, cela naît. Ceci n'étant pas, cela ne devient pas ; Ceci cessant, cela cesse (de naître).

Seule la mémoire crée l’illusion de la temporalité et de la durée. Alors… le “moi” que j’étais n’existe plus, le “moi” n’existe qu’au présent. Le concept même du moi est donc recréé à chaque instant, et c’est la mémoire qui nous fait croire à son existence dans la durée. Il n’y a pas de “moi” permanent, parce qu’il n’y pas de moi du tout, mais juste une recréation d’un “moi” d’instant en instant. Et si on pousse encore le raisonnement… en absence de temporalité, rien, ni personne ne meurt… il n’y a qu’un processus qui s’arrête parce que les conditions de son existence ne sont plus remplies. Ceci n'étant pas, cela ne devient pas ; Ceci cessant, cela cesse (de naître)

Question de Nagarjuna, grand spécialiste de la vacuité : “Si tout est impermanent et que tout change en continu, peut-on dire d’une chose qu’elle existe ? ou doit-on dire qu’elle n’existe pas ?”. Nagarjuna répond “On ne peut ni dire qu’elle existe, ni dire qu’elle n’existe pas”.

Pour reprendre l’image de la dernière fois, quand je vis dans « le » monde, “mon” monde accepte l’impermanence et génère pas ou peu de souffrance. L’impermanence est dans la nature de toutes choses. Accepter « le » monde, c’est accepter l’impermanence et accepter l’impermanence, c’est comprendre la différence entre la douleur et la souffrance. La douleur est un fait, elle fait partie du monde tel qu’il est et qu’il faut prendre tel qu’il est. La souffrance, c’est « mon » monde et juste « mon » monde. Se délivrer de la souffrance est d’abord reconnaître ce qu’elle est, une construction de « mon » monde, puis c’est apprendre à comprendre la réalité des choses telles qu’elles sont impermanentes, parfois douloureuses, parfois agréables et

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