Les 3 caractéristiques (1)

Soirée du 08 janvier 2018


Les 3 caractéristiques (1)

La vision pénétrante (Vipassana) consiste à voir les "objets-phénomènes" (dhammas) tels qu'ils sont, avec les trois caractéristiques inhérentes à tous les éléments contingents, donc appartenant au samsara. Ces trois caractéristiques sont anicca, anatta et dukkha en pali, l'impermanence, le non-soi et dukkha, mot que je préfère ne pas traduire par souffrance . Tous les phénomènes conditionnés ont ces 3 caractéristiques.

Or, tout est conditionné au sens que tout est le fruit de causes et de conséquences. Je vous laisse essayer de trouver une seule chose qui n’est pas conditionnée….

ANICCA, l'IMPERMANENCE Il est assez aisé de comprendre que tous les phénomènes naissent, atteignent leur apogée et déclinent pour disparaître. Mais il faut ajouter pour une compréhension plus juste d'anicca, le fait que tous les phénomènes changent en permanence. C'est l'image de la personne qui ne peut pas se baigner deux fois dans la même rivière. L'eau coule, le baigneur vieillit de seconde en seconde, la température, le vent, la qualité de l'air, la luminosité évoluent sans cesse.

ANATTA, LE NON-SOI Une notion plus complexe, un concept qui s'en approche est l'interdépendance des phénomènes. Rien ne peut exister qu'en contingence temporelle et spatiale d'autres phénomènes. Tout n'existe qu'en tant que conséquence d'autre chose et ensuite ce qui est va générer un autre phénomène. Tout événement quel que soit sa nature est conditionné et n'est que le résultat d'une suite de causes et conséquences, Rien n'existe par soi-même et rien n'est en indépendance totale.

DUKKHA Notion qui va de la simple gêne ("mon thé n'est pas assez chaud") à la souffrance (la mort d'un être aimé). Dukkha n'est pas la douleur, c'est la souffrance ajoutée à la douleur. Comme dit à peu près le Bouddha "Si le destin vous plante une 1ère flèche, ne vous en plantez pas une 2ème vous-même". La douleur du marteau sur le pied est un phénomène indépendant de la volonté et inéluctable. Le fait d'en vouloir au monde entier et dire "ça n'arrive qu'à moi" est la souffrance surajoutée.

Dans vipassanā, ce n'est pas l'expérience qui compte, mais le rapport à l'expérience. Ce n'est pas ce qui est vécu, mais comment cela est vécu.

***************

Extraits de “Arahattamagga - La voie de l’Arahant” - Ajahn Maha Booha (traduction Jeanne Schut)

Quelle que soit la profondeur du samādhi et aussi continue que soit cette pratique de méditation, elle ne constitue pas une fin en soi. Le samādhi ne met pas un terme à la souffrance. Le calme et la concentration profonde engendrés par le samādhi sont une excellente base pour le développement de la sagesse.

Le problème, c’est que le samādhi est si paisible et agréable que, sans s’en rendre compte, le méditant développe une dépendance envers cette pratique. C’est ce qui m’est arrivé : pendant cinq ans, j’ai été dépendant de la tranquillité du samādhi au point de croire que cette tranquillité était l’essence du nibbāna (l’Eveil). Ce n’est que lorsque mon maître, Ajahn Mun, m’a forcé à prendre conscience de mon erreur, que j’ai été capable de passer à la pratique du développement de la sagesse.

A moins qu’il ne soit utilisé comme support au développement de la sagesse, le samādhi peut faire dévier le méditant du chemin qui mène à la fin de la souffrance. Tous ceux qui s’efforcent d’approfondir leur pratique de samādhi devraient être conscients de ce risque. Dans la pratique, le rôle principal du samādhi est de soutenir et de nourrir le développement de la sagesse. Il est parfaitement adapté à cette tâche car un esprit calme et concentré est pleinement satisfait et ne recherche pas de distractions extérieures. Quand la présence consciente est ancrée dans le samādhi, les pensées ne se tournent pas vers les formes, les sons, les saveurs, les odeurs et les sensations tactiles. Le calme et la concentration sont les aliments naturels de l’esprit. Une fois rassasié de sa nourriture favorite, l’esprit ne s’égare pas dans des pensées oiseuses ; il est parfaitement prêt à entreprendre le type de réflexion appliquée et d’investigation qui constitue la pratique du développement de la sagesse. Par contre, si l’esprit n’est pas encore stabilisé, s’il est toujours attiré par les stimulations sensorielles, s’il a envie de suivre toutes les pensées et les émotions qui passent, son travail d’investigation n’aboutira jamais à la véritable sagesse. Il se contentera de développer des pensées verbeuses, des hypothèses et des spéculations qui seront des interprétations de la réalité : sans fondement, uniquement basées sur ce qui aura été appris et retenu. Au lieu de mener à la sagesse et à la cessation de la souffrance, ce vagabondage des pensées devient samudaya, cause première de souffrance.

A chaque fois que vous observez avec attention et sagesse, l’investigation doit se faire dans l’instant présent. Pour être pleinement utile, chaque nouvelle approche doit être fraîche et spontanée – qu’elle ne soit pas une copie des précédentes ! Il est extrêmement important de demeurer à tout moment dans l’immédiateté exclusive de l’instant présent. Oubliez tout ce que vous avez appris, oubliez ce qui s’est passé la dernière fois. Concentrez simplement votre attention de manière nette et directe sur l’instant présent et n’observez qu’à partir de cette perspective-là. Finalement, c’est cela que signifie « être attentif ». L’attention observe l’esprit dans le présent, permettant ainsi à la sagesse une focalisation nette et précise. Les choses que nous avons apprises sont conservées dans notre mémoire et, en tant que connaissances mémorisées, elles devraient être écartées, faute de quoi elles se feront passer pour de la sagesse, alors qu’en réalité c’est le présent qui imite le passé. Si on permet à ce qui est mémorisé de remplacer l’immédiateté de l’instant présent, la sagesse authentique ne peut pas apparaître. Faites donc très attention à éviter cette tendance quand vous pratiquez.

0 vue0 commentaire

Posts récents

Voir tout

L'importance des Kalyana Mitta

Les méditants qui pratiquent Vipassana dans la tradition Theravada se sentent souvent seuls ou isolés dans leur poursuite de la méditation à leur retour des retraites auxquelles ils peuvent participer

La gratitude

"Ne manquez pas d'ajouter votre grain de poussière au sommet de la montagne des actes bénéfiques" (Dogen - Instructions au cuisinier Zen) Luang Por Liam - Ce n'est jamais mal (traduit en anglais par A

Texte retraite juin 2019 : l'attention au corps

L’attention au corps Le Satipatthana sutta (sati : l’attention et patthana : l’instant présent) décrit les quatre fondements de l’attention pour un méditant : l'attention au corps : toutes les

सब्बे सता सुखिता होन्तु

Parampara

 

© 2019

Conception du site : Nathalie Rosada - Francis Lutgen
Crédit photos : Francis Lutgen - Unsplash

Mentions légales   

Directrice de la publication : Nathalie Rosada

​​Hébergeur : Wix.com Inc.
500 Terry A François Blvd San Francisco, CA 94158