La troisième Noble Vérité : l'expérience de la cessation de la souffrance

D'après Ajahn Sumedho


Une aliénation et un attachement aveugle à la conscience sensorielle

Par la contemplation des Nobles Vérités, nous prenons conscience du cœur du problème de l’existence humaine. Nous étudions ce sens d’aliénation et d’attachement aveugle à la conscience sensorielle discriminative qui semble séparée et isolée dans notre expérience consciente. Nous sommes attachés aux plaisirs des sens par ignorance. Lorsque nous nous identifions à ce qui est mortel, donc condamné à disparaître, et qui, par conséquent, ne peut être véritablement satisfaisant, cet attachement même est souffrance.

Les plaisirs des sens sont tous des plaisirs éphémères. Tout ce que nous pouvons voir, entendre, toucher, goûter, penser ou ressentir a pour nature de mourir, est condamné à disparaître. Par conséquent, si nous nous attachons aux sens, nous nous attachons à la mort. Si nous n’avons pas fait ce travail de contemplation et que nous n’avons pas vraiment compris cela, nous continuons à nous attacher à ce qui est mortel avec l’espoir de repousser l’échéance pour quelque temps. Nous faisons semblant de croire que nous serons vraiment heureux pour faire, en fin de compte, l’expérience de la déception, de la désillusion et du désespoir.

Il se peut que nous réussissions à devenir ce que nous avons entrepris de devenir, mais cela aussi devra s’achever car nous nous attachons à une autre condition vouée à la dissolution. A ce point, avec le désir de mourir, il se peut que l’idée du suicide ou de l’annihilation semble une solution, mais la mort elle-même est une condition qui n’est pas au-delà de la mort. Quel que soit le désir, quelle que soit la catégorie à laquelle il appartient, si nous nous y attachons, nous nous attachons à la mort. Ce qui suivra, par conséquent, c’est l’expérience de la déception et du désespoir.


Le devenir est simplement un processus conditionné par les sens : y échapper amène la cessation

La dépression est une forme d’expérience de la mort au niveau mental. Tout comme le corps meurt d’une mort physique, l’esprit meurt aussi. Des états mentaux, qui ne sont que des états conditionnés, meurent et disparaissent : nous appelons ces expériences tristesse, dégoût de la vie, angoisse ou désespoir. Lorsque l’attachement est présent, si nous faisons l’expérience de l’ennui, du chagrin, de l’angoisse ou du désespoir, nous avons tendance à réagir en cherchant une autre condition éphémère qui puisse se manifester. Par exemple, si vous vous sentez déprimé, que l’envie de manger une part de gâteau au chocolat vous vient à l’esprit et que vous passez à l’acte, l’espace d’un instant, vous pouvez vous oublier, vous absorber dans le goût délicieux et sucré du chocolat. A cet instant, il y a devenir. En fait, ce que vous êtes devenu est ce plaisir conditionné par le goût du chocolat que vous trouvez délicieux. Mais vous ne pouvez pas maintenir, continuer cette expérience très longtemps. Vous avalez… et que reste-t-il ? A ce moment, il vous faut trouver autre chose. C’est ça «devenir » !

Nous sommes aveuglés, enfermés dans ce processus de devenir conditionné par les sens. Mais, par la compréhension du désir – compréhension dépourvue de jugement sur la beauté ou la laideur du monde sensuel – nous sommes en mesure de le voir tel qu’il est. La compréhension est présente. De cette façon, en mettant ces désirs de côté au lieu de nous en saisir, nous faisons l’expérience de la cessation de la souffrance, nirodha – c’est-à-dire de la Troisième Noble Vérité – qui doit être réalisée au niveau individuel. Nous contemplons la cessation. Nous prenons note – « Ceci est la cessation » – et nous savons que quelque chose a pris fin.

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