La quatrième Noble Vérité - Sila : parole juste, action juste et moyen d'existence juste

D'après Ajahn Sumedho


Sila, l’aspect moral du Chemin Octuple, se compose de trois facteurs : la Parole Juste, l’Action Juste et le Moyen d’Existence Juste – ce qui signifie que nous sommes responsables de nos paroles et de nos actes.

Quand je suis pleinement conscient et attentif, je m’exprime de la manière qui convient, ici et maintenant ; de la même façon, j’agis ou travaille suivant ce qui convient, ici et maintenant. Nous nous rendons ainsi de plus en plus clairement compte que nous devons être attentifs à nos paroles ou à nos actes, sinon nous nous faisons continuellement du mal. Si vous faites ou dites quelque chose de blessant ou cruel, il y a toujours un résultat immédiat. Par le passé, il se peut que vous ayez réussi à vous distraire après avoir menti en vous occupant l'esprit avec quelque chose d'autre pour ne plus y penser. Vous pouviez oublier complètement pour un moment, jusqu’à ce que, tôt ou tard, un sentiment de culpabilité ou d’embarras ne revienne à votre conscience. Mais, lorsque nous pratiquons sila, les conséquences semblent être vécues immédiatement. Quand il m’arrive d’exagérer, par exemple, quelque chose en moi me dit : « Tu ne devrais pas abuser, soit plus modéré dans tes propos ! » J’avais pour habitude d’amplifier, d’embellir les choses, cela fait partie de ma culture : cela semble parfaitement normal, aux Etats-Unis. Mais lorsque vous êtes réellement attentif, l’effet du plus petit mensonge ou du moindre commérage se manifeste immédiatement, parce que vous êtes complètement ouvert, vulnérable et sensible. Par conséquent, vous êtes circonspect dans vos actes, vous réalisez l’importance d’être responsable de vos actes physiques et verbaux.


L’impulsion d’aider quelqu’un est un dhamma habile, une réaction saine.

Si vous voyez quelqu’un s’évanouir et tomber par terre, il vous vient immédiatement à l’esprit d’aider cette personne et vous agissez en conséquence. Si vous le faites sans arrière pensée, sans aucun désir de récompense, mais simplement par compassion et parce qu’il est juste d’agir ainsi, alors il s’agit là d’un dhamma habile. Ça n’est pas du kamma personnel, ça n’est pas là votre action. Mais, si vous agissez par désir de gagner ses faveurs ou d’impressionner d’autres personnes, alors – même si l’action est celle qu’il convient de faire – vous êtes impliqué au niveau personnel et cela renforce le sentiment de « Je suis ». Quand nous faisons le bien sur une base de pleine attention et de sagesse plutôt que sur celle de l’ignorance, nos actions sont des dhammas habiles dépourvus de kamma personnel.


La vie d'un Bhikkhu

L’ordre monastique fut établi par le Bouddha pour que des hommes et des femmes aient le moyen de mener, au niveau moral, une vie impeccable, complètement irréprochable. Le mode d’existence d’un Bhikkhu est régi par un système complet de préceptes, le Patimokkha. Lorsque vous respectez une telle discipline, même si vous n’êtes pas très attentif à ce que vous faites ou dites, vos actions ne laissent pas de traces profondes. Il vous est interdit d’avoir de l’argent, par conséquent, vous ne pouvez pas aller où vous le souhaitez, à moins d’être invité. Vous respectez le vœu de chasteté. Comme votre repas quotidien est offert, vous ne tuez pas d’animaux. Vous ne pouvez même pas cueillir des fleurs ou des feuilles, ni faire quoi que ce soit qui troublerait le cours naturel des choses ; vous êtes complètement inoffensif. En Thaïlande, nous devions même filtrer l’eau que nous utilisions pour nous assurer qu’aucune créature vivante ne s’y trouvaient – des larves de moustique par exemple. Prendre la vie d’un être vivant, aussi insignifiant soit-il, est totalement interdit. Cela fait maintenant vingt-cinq ans que je vis selon cette Discipline, période pendant laquelle je n’ai pas commis d’action karmique sérieuse. Quand on vit dans le respect d’un tel système de règles de conduite, on vit de façon très inoffensive, très responsable. La parole constitue sans doute la partie la plus délicate ; les habitudes verbales sont les plus difficiles à briser et à abandonner, mais elles peuvent aussi s’améliorer. Par la réflexion et la contemplation, on commence à voir le caractère malsain de proférer des idioties ou de commérer, de bavarder sans bonne raison.


La vie laïque

Pour vous, laïcs, gagner votre vie de façon juste représente un facteur qui est développé par la connaissance des intentions motivant vos actes. Vous pouvez vous appliquer à ne pas nuire délibérément aux autres et à choisir une activité professionnelle sans conséquence négative pour qui que ce soit. Vous pouvez, par exemple, essayer d’éviter la pratique d’activités encourageant la consommation de drogues ou d’alcool, ou d’autres constituant un danger pour l’équilibre écologique de la planète.

Donc, ces trois facteurs – Parole Juste, Action Juste et Moyen d’Existence Juste – résultent de la Compréhension Juste ou encore connaissance parfaite. Nous ressentons l’envie de vivre d’une façon qui soit une bénédiction pour cette planète ou, du moins, qui soit inoffensive.


La Compréhension Juste et l’Aspiration Juste ont une influence incontestable sur ce que nous faisons ou disons. Ainsi, Pañña , la Sagesse, mène à Sila, la Parole Juste, Action Juste et Moyen d’Existence Juste. Sila se réfère à nos paroles et à nos actes ; grâce à sila, nous contenons nos pulsions sexuelles ou agressives – nous n’utilisons pas notre corps pour tuer ou voler. De cette façon, la Sagesse et sila travaillent ensemble en harmonie parfaite.

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