La quatrième Noble Vérité - Samadhi : effort juste, attention juste et concentration juste

D'après Ajahn Sumedho


L’Effort Juste, l’Attention Juste et la Concentration Juste font référence au cœur de notre être en tant que centre de l'activité émotionnelle.

Quand nous pensons au cœur, nous le situons au centre de la poitrine. Nous avons donc pañña – la tête, sila – le corps, et samadhi – le cœur. Vous pouvez utiliser votre corps comme une sorte de diagramme, un symbole visuel du Chemin Octuple. Pañña, sila et samadhi sont tous trois partie intégrante d’un tout, travaillant ensemble à la réalisation et se supportant mutuellement comme un tripode. Aucun ne domine les autres pas plus qu’il n’exploite ou ne rejette quoi que ce soit. Ils travaillent ensemble : la Sagesse, résultant de la Compréhension Juste et de l’Intention Juste, puis la Moralité, formée de la Parole Juste, de l’Action Juste et du Moyen d’Existence Juste, et enfin la Concentration procédant de l’Effort Juste, de l’Attention Juste et la Concentration Juste – c’est-à-dire un esprit équilibré, paisible et serein sur le plan émotionnel. La sérénité décrit un état où les émotions sont égalisées, harmonisées. Elles ne sont pas instables. Il règne un sens de joie intense, de tranquillité ; l’intellect, les instincts et les émotions sont en parfaite harmonie. Ils s’entraident, se soutiennent mutuellement. Ils ne rivalisent plus les uns avec les autres et ne nous portent plus vers les extrêmes ; pour cette raison, nous commençons à ressentir une paix très profonde. Ce sentiment de bien-être, d’absence de peur et d’anxiété est le fruit de la pratique du Chemin Octuple, un sentiment d’équilibre et de stabilité émotionnelle. Il y a clarté ; il y a paix, calme, connaissance. Cette réalisation du Chemin Octuple doit être développée ; ceci est bhavana. Nous utilisons le terme de bhavana qui signifie « développement ». Cet équilibre émotionnel est développé par la pratique de la concentration et de la pleine attention, les deux aspects indissociables de la méditation bouddhiste.


Samatha

Par exemple, au cours d’une retraite, vous pouvez faire l’expérience de passer une heure à pratiquer la méditation de type samatha, dans laquelle vous concentrez simplement votre attention sur un objet – comme, par exemple, la sensation de la respiration. Ramenez constamment cette sensation à la conscience et maintenez-la de façon à ce qu’elle aie une continuité de présence dans votre esprit.

De cette manière, vous vous tournez vers ce qui se passe réellement dans votre propre corps, au lieu d’être attiré vers l’extérieur par des objets contactés par vos sens. Si vous n’avez aucun refuge intérieur, vous vous aventurez constamment à l’extérieur pour vous absorber dans des livres, de la nourriture et toutes sortes de distractions. Mais ce mouvement incessant de l’esprit est épuisant. Au contraire, la pratique consiste à observer la respiration, ce qui signifie que vous devez rester centré et ne pas suivre les tendances à chercher quelque chose en dehors de vous-même. Quand la concentration est vraiment établie, vous devenez littéralement cette sensation, cette impression même. Quel que soit l’objet dans lequel vous vous absorbez, vous devenez cela pour un certain temps. Vous êtes devenu cette condition très paisible. Vous êtes devenu tranquille. C’est ce que nous appelons le processus de devenir. La méditation de type samatha est un processus de devenir.

Mais cette tranquillité, si vous l’analysez, n’est pas vraiment satisfaisante. Elle est imparfaite parce qu’elle dépend d’une technique, du fait d’être attaché et absorbé dans quelque chose qui a un début et une fin. Si vous devenez quelque chose, ce ne peut être que temporairement, car le devenir est une chose changeante. Ça n’est pas une condition permanente. De façon logique, si vous êtes devenu quelque chose, le processus s’inversera : vous arrêterez d’être cela. Ça n’est pas une réalité ultime. Peu importe le niveau de concentration que vous pouvez atteindre, il sera toujours un phénomène conditionné et insatisfaisant. La méditation de type samatha peut vous mener à des états de tranquillité et de bien-être très profonds, mais ces expériences prennent toutes fin, aussi plaisantes soient elles.


Vipassana

Maintenant, si vous utilisez cet état de calme pour pratiquer la méditation vipassana – qui consiste simplement à demeurer attentif et laisser les choses suivre leur cours naturel, en acceptant le caractère fondamentalement imprévisible de cette expérience – le résultat est la conscience d’un état de paix intérieure. Cette paix est d’une autre qualité que la tranquillité résultant de samatha, parce qu’elle est parfaite, complète. La quiétude issue de la méditation samatha possède, quant à elle, quelque chose d’imparfait ou d’insatisfaisant, même dans des états méditatifs très raffinés et sereins. La réalisation de la cessation, lorsque vous cultivez cette expérience et que vous la comprenez de mieux en mieux, vous confère la véritable paix, l’absence d’attachement, Nibbana.

Samatha et Vipassana sont donc les deux aspects de la méditation. Le premier développe des états de concentration de l’esprit sur des objets raffinés, la conscience devenant ainsi elle-même raffinée. Mais être extrêmement raffiné, avoir un intellect brillant ainsi qu’une prédilection pour ce qu’il y a de plus beau contribue à rendre insupportable toute chose un peu grossière, à cause de l’attachement à ce qui est délicat. Les gens qui ont dédié leur existence à la poursuite du raffinement sont certains de trouver la vie très frustrante et angoissante quand ils ne peuvent plus maintenir de tels critères.

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