La quatrième Noble Vérité - Pañña : la compréhension juste

D'après Ajahn Sumedho

Le premier facteur du Chemin Octuple est la Compréhension Juste qui est la conséquence d’avoir pénétré, d’avoir vu les trois premières Nobles Vérités.

Alors on possède Pañña , la Sagesse, la Compréhension Parfaite du Dhamma – la vision claire que « Tout ce qui est de nature à apparaître est également de nature à disparaître ». C’est aussi simple que ça, mais cela demande pas mal de temps à la plupart d’entre nous pour réellement connaître la signification profonde de ces mots plutôt que leur simple sens conceptuel.

La vision, ou connaissance intérieure, appartient en fait au domaine de l’intuition, au-delà de celui des idées, des opinions. Il ne s’agit plus de « Je pense que je sais… ». Ce type de savoir est purement cérébral, intellectuel, alors que la connaissance intérieure est profonde , au-delà du doute et résulte des neuf réalisations précédentes. Il y a donc un enchaînement qui aboutit à la compréhension juste des choses telles qu’elles sont – c’est-à-dire que tout ce qui est de nature à apparaître est de nature à disparaître, de nature impersonnelle, dénuée de substance. Quand la Compréhension Juste est présente, vous avez lâché l’illusion de l’ego, d’une personnalité inaltérable et pourtant dépendante de conditions éphémères, mortelles – concept qui est en soi contradictoire. Le corps demeure, les sensations et les pensées subsistent, mais ils sont simplement ce qu’ils sont – la croyance que nous sommes notre corps ou nos opinions disparaît. Quand la compréhension juste est absente, lorsque nous ne comprenons pas ces vérités, nous avons tendance à attribuer aux choses une substance, une personnalité qui n’existe que dans notre esprit. Nous croyons voir alors toutes sortes de choses et nous créons d’innombrables problèmes liés aux conditions dont nous faisons l’expérience.


La Compréhension Juste doit être développée par la contemplation, en utilisant l'enseignement du Bouddha.

Si vous contemplez votre expérience à travers ces enseignements, vous êtes en mesure de voir clairement la différence entre les phénomènes en tant que Dhamma et les illusions, les fabrications mentales que nous créons par habitude autour de ce qui est en réalité impersonnel. Avec la Compréhension Juste, toute manifestation est perçue en tant que Dhamma. Par exemple, nous sommes assis ici… ceci est Dhamma. Nous n’attribuons pas, ni à ce corps ni à cet esprit, une personnalité pourvue de toutes ses opinions et idées, de toutes les pensées et réactions conditionnées acquises par ignorance. Nous contemplons, l’attention fermement établie dans le présent : « C’est ainsi. Ceci est Dhamma ! » Nous gardons à l’esprit la compréhension que cette formation physique est simplement Dhamma. Ce n’est pas là l’ego : c’est impersonnel. De la même façon, nous voyons la sensibilité de cette formation physique en tant que Dhamma, au lieu de la considérer comme quelque chose de personnel : « Je suis sensible !… Tu ignores mes sentiments !… Pourquoi faisons-nous l’expérience de la douleur ?… Pour quelle raison Dieu a-t-il créé la souffrance ?… Pourquoi n’a-t-il pas créé uniquement le plaisir ?… Pourquoi y-a-t-il tant de tourments dans le monde?… C’est injuste, les gens meurent et nous devons être séparés de ceux que nous aimons !… Ressentir l’angoisse est horrible… »

Il n’y a pas de Dhamma là-dedans, n’est-ce pas ? Tout est pris au niveau personnel – «Pauvre de moi ! Je n’aime pas ceci… Je ne veux pas de ça… Ce que je désire, c’est la sécurité, le bonheur, le plaisir et tout ce qu’il y a de mieux… Ça n’est pas normal que ces choses ne me soient pas données. C’est injuste que mes parents n’aient pas été des individus complètement accomplis spirituellement… C’est anormal que ceux qui nous dirigent – nos leaders politiques – ne soient pas des modèles de sagesse et de vertu… Si tout était juste, on élirait des Arahants comme Président de la République… »

Bien évidemment, j’exagère et j’essaye de faire apparaître le côté absurde de ce sentiment de « Ça n’est pas normal, ça n’est pas juste » poussé au point où l’on attend de Dieu qu’il crée tout pour nous et nous offre un bonheur inaltérable. C’est ainsi que beaucoup de gens pensent, même s’ils ne le disent pas tout haut. Mais, lorsque nous réfléchissons correctement, nous voyons : « C’est de cette façon que sont les choses. La douleur est comme ci et le plaisir comme ça. Ainsi va l’expérience consciente ! » Nous acceptons pleinement, consciemment notre expérience sensible, émotionnelle. Nous respirons. Cette attitude nous permet d’aspirer à la libération.


Quand notre réflexion s’aligne sur le Dhamma, nous contemplons notre propre humanité telle qu’elle est.

Nous cessons de la considérer à un niveau personnel ou de reporter la faute sur quelqu'un d'autre si les choses ne sont pas exactement comme nous aimerions ou voudrions qu’elles soient. Les choses sont ce qu’elles sont et nous sommes tels que nous sommes. Vous pouvez vous demander pourquoi nous ne pouvons pas être tous absolument identiques – avec la même tendance à la colère, la même convoitise et la même ignorance – sans cette infinité de variations et de permutations. Cependant, même si nous réalisons que l’expérience humaine se limite à quelques phénomènes élémentaires communs, chacun d’entre nous doit faire l'expérience de son propre kamma, c’est-à-dire de toutes ses obsessions et habitudes particulières, toujours différentes – en qualité et en intensité – de celles d’une autre personne.Pour quelle raison ne pouvons-nous pas être tous égaux, être tous dotés des mêmes attributs, et nous ressembler en tout – spécimen unique et androgyne ? Dans un tel monde, il n’existerait pas d’injustice, les différences n’auraient pas cours, tout serait absolument parfait et l’inégalité impossible. Mais, en reconnaissant le Dhamma, nous réalisons que, dans un monde où tout n’est que condition dépendant d’une infinité d’autres conditions, il n’existe pas deux choses identiques. Elles sont toutes différentes, infiniment variables et changeantes, et plus nous essayons de conformer tous ces phénomènes conditionnés à nos idées, plus nous sommes frustrés. Nous tentons de façonner l’autre et la société de façon à ce qu’ils correspondent à nos idées sur la nature et le fonctionnement des choses, mais nous finissons toujours par nous sentir spoliés. Si nous contemplons avec sagesse, nous réalisons que c’est ainsi, que ceci est la façon dont les choses doivent être, qu’il n’y a pas d’autre manière possible.

Cet enseignement des Quatre Nobles Vérités est à votre disposition pour vous aider à utiliser, d’une manière sage, votre intelligence – votre capacité à contempler, réfléchir et penser – plutôt que de sombrer dans une spirale de convoitise, de cruauté ou d’autodestruction.

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