La quatrième Noble Vérité - Pañña : l'intention juste

D'après Ajahn Sumedho


Le deuxième facteur du Chemin Octuple est traduit parfois par « Pensée Juste » – l’action de penser correctement. Mais ce terme possède en fait une qualité plus dynamique qui peut être rendu par « Intention », « Attitude » ou « Aspiration ».

Je préfère utiliser le mot «Aspiration » qui, d’une certaine manière, s’adapte particulièrement à ce Chemin Octuple car, lorsque nous suivons une voie spirituelle, nous aspirons à la réalisation d’un état situé au-delà de notre condition humaine.

Il importe de reconnaître que l’aspiration diffère fondamentalement du désir. Le terme pâli tanha désigne le « désir conditionné par l’ignorance », alors que le terme utilisé ici signifie « aspiration non conditionnée par l’ignorance ». L’aspiration à quelque chose peut nous apparaître comme étant une sorte de désir car, en français, nous avons tendance à utiliser le mot « désir » pour toute forme d'intention – que ce soit aspirer à quelque chose ou vouloir. On peut croire que cette aspiration représente une forme de soif qui serait le désir de devenir illuminé – mais il a pour source la Compréhension Juste. Il ne s’agit pas de vouloir devenir quoi que ce soit, ce n’est absolument pas le désir de devenir une personne éveillée. Avec la compréhension juste, cette façon de penser n’a plus de sens.

L’aspiration est un sentiment, une intention, une attitude, un mouvement à l’intérieur de nous-mêmes. Notre esprit s’élève, il ne sombre pas : il s’agit, en quelque sorte, de l’inverse du désespoir. Quand la Compréhension Juste est présente, nous aspirons à la vérité, à la pureté et à la compassion. La Compréhension Juste et l’Aspiration Juste sont regroupées sous le terme de Sagesse et constituent la première de trois sections du Chemin Octuple.


Nous aspirons à connaître la vérité.

La Terre n’est pas un endroit où l’on peut trouver le bonheur parfait ; croire que ça puisse être le cas est une illusion. Et pourtant, nous continuons à lui demander : « Pourquoi ne contentes-tu pas toutes mes exigences ? ». Nous sommes comme de jeunes enfants qui tètent leur mère essayant constamment d’obtenir d’elle le maximum, exigeant qu’elle ne cesse jamais de les nourrir, de les soigner et de les rendre heureux. Si nous étions comblés, nous ne nous poserions pas tant de questions. Cependant, nous avons, pour la plupart d’entre nous, le sentiment qu’il y a quelque chose d’autre que la terre sous nos pieds ; il y a quelque chose, au-delà de nous, que nous ne pouvons pas véritablement comprendre. Nous avons la capacité de nous interroger et de méditer sur l’existence, de contempler ce qu’elle signifie. Si vous souhaitez connaître le sens de votre vie, vous ne pouvez pas vous satisfaire de la richesse, de l’aisance et de la sécurité matérielles seules.

On peut se dire qu’il s’agit là d’une sorte de désir ou d’ambition présomptueuse : « Qui donc est-ce que je crois être, à essayer de connaître la signification de la vie et de l’univers ? » Mais, pourtant, cette aspiration est là. Pourquoi la ressentirions-nous si l’entreprise était totalement impossible ? Examinez la notion de réalité suprême. L’idée d’une vérité absolue ou ultime est un concept grandement raffiné ; l’idée de Dieu, d’éternité ou d’immortalité est en fait une pensée très subtile. Nous aspirons à la connaissance de cette réalité suprême. Ça n’est pas notre animalité, nos instincts primaires qui nous portent dans cette direction – ceux-ci n’ont que faire de telles aspirations. Mais il existe, en chacun d’entre nous, un potentiel d’intelligence intuitive qui détermine cette volonté de réaliser la vérité. Cette intuition se trouve toujours présente en nous, mais nous sommes enclin à ne pas y prêter attention ; nous ne la comprenons pas. Nous avons tendance à l’écarter ou à nous en méfier – en particulier les matérialistes modernes qui la considèrent comme un fantasme sans réalité.


La méditation est un moyen de déconditionner l’esprit, une méthode qui nous permet de lâcher nos opinions bien établies et nos idées fixes.

D’ordinaire, nous ignorons ce qui est réel tandis que ce qui ne l’est pas reçoit toute notre attention. C’est une attitude conditionnée par l’ignorance.

La contemplation de notre aspiration humaine nous met en relation avec quelque chose de plus élevé que ce monde animal et que cette planète terre seuls. Cette connexion me semble plus convaincante que l’idée qu’il n’y a rien de plus que ça, que tout est fini une fois que nous sommes morts et enterrés. Quand nous réfléchissons et nous interrogeons sur la nature de cet univers dans lequel nous vivons, nous nous rendons compte qu’il est immensément vaste, mystérieux et incompréhensible. Toutefois, si nous nous en remettons à notre intuition, nous sommes capables d’être réceptifs à des choses que nous avions peut-être oubliées ou que nous n’avions jamais perçues auparavant ; notre esprit s’ouvre quand nous lâchons ces réactions fixes et conditionnées.

Nous pouvons avoir l’idée bien établie d’être une certaine personnalité, d’être un homme ou une femme, d’être français ou anglais. Ces choses peuvent nous paraître très réelles et nous sommes capables de nous passionner à leur sujet. Nous pouvons même parfois nous entre-tuer pour défendre des vues qui nous ont été inculquées, auxquelles nous sommes attachés et que nous ne remettons jamais en question. Sans Aspiration Juste et sans Compréhension Juste, sans pañña - la sagesse -, nous ne sommes jamais en mesure d’avoir une juste perspective sur ces idées et opinions.

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