La deuxième Noble Vérité : la soif doit être abandonnée

D'après Ajahn Sumedho


La seconde révélation de la Deuxième Noble Vérité est la suivante : le désir (la soif) doit être abandonné(e).

L’ATTACHEMENT EST SOUFFRANCE

Nous avons tendance à considérer que la souffrance est un sentiment, mais sentiment et souffrance sont deux choses différentes. C’est l’attachement au désir qui est souffrance. Le désir n’est pas, en soi, la cause de la souffrance; ce qui suscite la souffrance est l'action qui consiste à se saisir du désir et le refus de s’en dessaisir. Ce discours est à utiliser comme outil de réflexion et de contemplation au regard de votre propre expérience. Vous devez distinguer ce qui est naturel et nécessaire pour la survie de ce qui ne l’est pas. Il peut nous arriver d’être très idéalistes et de croire que même le besoin de nourriture est une forme de désir que nous ne devrions pas ressentir. On peut se rendre tout à fait ridicule à ce sujet. Mais le Bouddha n’était ni un idéaliste, ni un moraliste. Il ne cherchait pas à condamner quoi que ce soit. Il tentait de nous éveiller à la réalité pour nous permettre de voir clairement les choses.

Une fois que cette clarté est présente et que l’on voit les choses telles qu’elles sont, alors il n’y a pas de souffrance. Cela ne veut pas dire que l’on ne ressent plus la douleur ou la faim, mais que l’on peut ressentir le besoin de nourriture sans que cela devienne un désir. Le corps n’est pas l’ego : si on ne le nourrit pas, il s’affaiblira et finira par mourir. C’est la nature du corps, ce n’est ni bien, ni mal. Si nous adoptons une attitude très moraliste et très idéaliste et que nous nous identifions à notre corps, la faim devient un problème personnel. Nous pouvons alors même en arriver à croire que nous ne devrions pas manger. Ce comportement est dénué de sagesse. C’est stupide.

Lorsque vous voyez vraiment l’origine de la souffrance, vous réalisez que le problème est l’attachement au désir et non le désir lui-même. S’attacher veut dire être dupe, penser qu’il s’agit véritablement de moi et de ma propriété : « Ces désirs sont miens et pour que je ressente de tels désirs, il doit y avoir en moi quelque chose qui ne va pas… Je n’aime pas ce que je suis maintenant. Il me faut devenir autre chose… Je dois me débarrasser de quelque chose afin de devenir la personne que je souhaite être». Ce sont là différentes expressions du désir. L’attitude à adopter est d’y prêter toute notre attention, d’en prendre pleinement conscience sans pour autant les juger – sans ajouter la notion de bien ou de mal, de reconnaître simplement le désir pour ce qu’il est.


LÂCHER PRISE

Quand nous prêtons vraiment attention aux désirs, que nous les contemplons réellement, nous cessons de nous y attacher, nous leur permettons tout simplement d’exister tels qu’ils sont. Nous pouvons alors réaliser que l’origine de la souffrance peut être laissée de côté, abandonnée.

Cela revient plutôt à les déposer et les laisser être.

Comment procéder pour laisser les choses de côté ? Il suffit de les laisser simplement suivre leur cours, telles qu’elles sont, ce qui n’est pas du tout pareil que de vouloir les annihiler ou les rejeter. Si j’ai cette montre en main et que vous me dites « lâche-la », vous ne me demandez pas de la jeter. Je peux penser que je devrais le faire à cause de l’attachement que je lui porte, mais cela ne serait que le désir de m’en débarrasser. Nous avons tendance à penser que se défaire de l’objet constitue une façon de se défaire de l’attachement. Mais si je suis capable de contempler l’attachement à cette montre, je m’aperçois qu’il n’y a pas lieu de s’en débarrasser : c’est une bonne montre, elle donne l’heure exacte. Cette montre n’est pas le problème. Le problème est l’attachement à la montre. Alors que puis-je faire ? Lâcher prise, la laisser de côté – la poser doucement, sans aucune aversion. Plus tard, si nécessaire, je pourrai la reprendre, lire l’heure et la reposer.

La pratique consiste donc à cultiver cette attitude à chaque moment de la vie quotidienne. Quand vous vous sentez déprimé et négatif, le moment même où vous refusez de vous complaire dans ce sentiment est une expérience de libération. Lorsque vous êtes vraiment conscient de ça, vous savez alors qu’il n’est ni nécessaire, ni inévitable de sombrer dans un océan de dépression et de désespoir. Et vous pouvez y mettre un terme en apprenant à ne pas y accorder une seconde pensée.

Peut-on délaisser le désir par un acte de volonté ?

Il s’agit de savoir, pour vous-même, comment abandonner l’origine de la souffrance. Y-a-t-il véritablement quelqu’un ou quelque chose qui lâche à un moment donné ? Vous devez contempler cette expérience qui consiste à lâcher prise, puis l’examiner sérieusement, l’étudier jusqu’à ce que vous compreniez « Ah, lâcher prise, c’est ça, maintenant je vois ! » A cet instant, le désir a été abandonné, mis de côté. Ça ne veut pas dire que vous allez en finir et abandonner une fois pour toute le désir. Mais à cet instant précis, vous avez relâché votre emprise et cette expérience a eu lieu tout à fait consciemment. Il ne s’agit pas de quelque chose que l’on peut formuler, exprimer par les mots : c’est quelque chose que l’on fait, juste l’espace d’un instant, tout simplement. A ce moment, il y a réalisation. C’est ce qu’on appelle « connaissance profonde ».

Il importe seulement de persévérer dans la pratique de lâcher prise

Lâcher prise, se libérer de nos obsessions et problèmes personnels n’est pas plus compliqué que ça. Il ne s’agit pas d’analyser éternellement et d’aggraver ainsi le problème, mais de cultiver la pratique de laisser les choses suivre leur cours, de ne pas s’en saisir, de les laisser de côté. Au début, vous le faites, mais, l’instant d’après, vous vous en saisissez à nouveau parce que l’habitude est plus forte. Mais, au moins, vous avez une idée de ce dont il s’agit. N’écoutez pas la voix qui vous dit « Je ne suis pas capable de le faire, j’ai trop de mauvaises habitudes ! » Ne laissez pas ce genre de pensées vous décourager, ne suivez pas cette tendance qu’ont beaucoup d’entre nous à se rabaisser. Plus vous prendrez confiance en votre habileté à le faire, plus vous serez en mesure de réaliser l’état de non attachement.

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