La deuxième Noble Vérité : l'attachement au désir à l'origine de dukka

D'après Ajahn Sumedho


Quelle est la Noble Vérité au sujet de l’origine de la souffrance ?

Voici, ô bhikkhu, la Noble Vérité dite l’origine de dukkha: C’est l’avidité qui renouvelle l’existence, accompagnée du plaisir et de la convoitise, qui trouve toujours par ci par là de nouvelles jouissances : en d’autres termes, la soif pour les désirs sensuels, la soif d’existence, la soif de non-existence. Mais quel est le terreau de cette avidité qui lui permet d’apparaître et de s’épanouir ? Partout où il y a une apparence de plaisir et de satisfaction, c’est là qu’elle surgit et prospère.

Voici quelle est la Noble Vérité de l’Origine de la Souffrance : telle fut la vision, révélation, sagesse, connaissance et lumière qui s’éleva en moi au sujet de choses jusqu’alors inexprimées. Cette Noble Vérité doit être pénétrée par l’abandon de l’Origine de la Souffrance : telle fut la vision, révélation, sagesse, connaissance et lumière qui s’éleva en moi au sujet de choses jusqu’alors inexprimées. Cette Noble Vérité a été pénétrée par l’abandon de l’Origine de la Souffrance : telle fut la vision, révélation, sagesse, connaissance et lumière qui s’éleva en moi au sujet de choses jusqu’alors inexprimées.

Voici donc la Deuxième Noble Vérité et ses trois aspects : « Il y a l’origine de la souffrance, qui est l’attachement au désir. Le désir doit être abandonné. Le désir a été abandonné. »

La Deuxième Noble Vérité établit qu’il existe une origine à la souffrance et que cette origine est l’attachement à trois espèces de désirs : la soif pour les plaisirs sensuels - kama tanha -, la soif de devenir - bhava tanha - et celle d’éliminer - vibhava tanha - .


TROIS CATÉGORIES DE DÉSIRS

Les plaisirs sensuels

Il est important de comprendre ce que signifie le désir dans le sens du mot pali tanha. En quoi consiste tanha ? Kama tanha est très facile à comprendre : il s’agit de l’appétit pour les plaisirs expérimentés par l’intermédiaire des sens, de la recherche continuelle de ce qui les excite ou les stimule agréablement. Contemplez sérieusement ceci : « En tant qu’expérience, qu’en est-il d’éprouver du désir pour les plaisirs sensuels ? » Par exemple, lorsque vous mangez, si vous avez faim et que la nourriture est excellente, vous pouvez constater l’envie d’en reprendre. Observez cette sensation quand vous goûtez un met délicieux ; examinez ensuite ce désir pour une autre bouchée. Ne vous contentez pas de le croire, essayez. Ne vous imaginez pas que vous savez déjà parce que cela ressemble à votre expérience passée. Regardez ce qui se produit quand vous mangez : le désir pour prolonger l’expérience apparaît. C’est celà kama tanha.

Vouloir devenir

Nous pouvons également contempler le processus intérieur qui consiste à vouloir devenir. Si nous faisons preuve d’ignorance, nous pouvons nous perdre dans un monde d’ambition et de profit : le désir de devenir. Nous sommes pris dans ce mouvement d’efforts vers le bonheur, vers la richesse ; nous pouvons aussi nous efforcer de conférer de l’importance à notre vie en nous évertuant à corriger les imperfections de ce monde.

J’ai passé beaucoup de temps à observer à quel point ma pratique était motivée par la soif de devenir. J’ai pu constater, par exemple, combien la bonne volonté que j’investissais dans l’exercice de la méditation n’était rien d’autre que le besoin d’être apprécié, combien mes relations avec les autres moines, les nonnes ou encore les laïcs étaient conditionnées par l’envie d’être aimé, approuvé. C’est cela aussi, bhava tanha : le besoin de louanges et de succès. Un moine fait également l’expérience de ce type de désir : vouloir que les gens comprennent et apprécient le Dhamma. Même ces aspirations subtiles, presque nobles, ne sont que bhava tanha.

Observez donc cette expérience de vouloir devenir autre chose que ce que vous êtes, à cet instant. Soyez attentif au bhava tanha de votre existence : « Je veux méditer pour être libéré de mes angoisses… Je veux être heureux... Je veux avoir une femme et des enfants, ainsi qu’un emploi… Je veux profiter des plaisirs des sens, ne pas devoir renoncer à quoi que ce soit – mais devenir aussi un Sage totalement libéré ».

Vouloir éliminer

Lorsque nous sommes désenchantés d’essayer de devenir, le souhait de se débarrasser des choses apparaît. Nous pouvons ainsi contempler vibhava tanha – le désir d'éliminer : « Je veux me débarrasser de ma souffrance… Je désire me libérer de ma colère… J’ai tendance à m’emporter et je veux que cela cesse… Je souhaite me délivrer de la jalousie, de la peur, de l’anxiété… ».

Dans la recherche spirituelle, il existe aussi vibhava tanha, qui peut être très idéaliste et intolérant : « Je veux me débarrasser de toutes ces tendances négatives, les exterminer, les détruire ». J’écoutais très attentivement ces pensées : « Je veux me libérer du désir… Je veux me défaire de ma colère… Je ne veux plus ressentir la peur ou la jalousie… Je veux être courageux, avoir le cœur léger et joyeux ! ».

Observez toutes ces manifestations de vibhava tanha. En fait, nous contemplons ce qui, en nous-mêmes, veut se défaire des choses ; il ne s’agit pas d’éliminer vibhava tanha. Nous ne prenons pas parti contre le désir de « se débarrasser », pas plus que nous ne l’encourageons. Au lieu de cela, nous contemplons que c’est ainsi, c’est ce que l’on ressent quand on veut se débarrasser de quelque chose : « Je dois vaincre ma colère ; je dois anéantir le mal et me débarrasser de ma convoitise – alors je deviendrai… ». Une telle association de pensées nous permet de voir que « devenir » et « se débarrasser » vont très souvent de pair.


Gardez à l’esprit, que ces trois catégories – kama tanha, bhava tanha et vibhava tanha – ne représentent que des classifications pratiques pour contempler le désir. Ce ne sont pas des formes de désir complètement séparées, mais plutôt différents aspects du désir.



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