La coproduction conditionnée (2)

La coproduction conditionnée (2)

L’ensemble de cet exposé en deux parties est très largement inspiré d’un enseignement de Buddhadasa Bikkhu, traduit par Jeanne Schut, disponible sur le site Internet du Dhamma de la Forêt. De nombreux extraits ont été recopiés intégralement.


Il existe encore une autre version qui n'apparaît que dans peu de suttas. Là, l'énumération commence dans l'ordre causal de la souffrance puis, lorsqu'elle arrive à la soif du désir, elle passe brusquement à l'ordre de la cessation de la souffrance : cessation du désir, de l'attachement, du devenir et de la naissance.


Elle commence en disant :

L'ignorance engendre les formations mentales (ou karmiques).

Les formations mentales engendrent la conscience sensorielle.

La conscience sensorielle engendre les phénomènes mentaux et physiques.

Les phénomènes mentaux et physiques engendrent les bases des sens.

Les bases des sens engendrent le contact.

Le contact engendre la sensation.

La sensation engendre la soif du désir.

Arrivé à ce point, le processus s'arrête brusquement et se renverse :

Du fait de l'extinction de la soif du désir, l'attachement disparaît.

Du fait de l'extinction de l'attachement, le devenir disparaît.

Du fait de l'extinction du devenir, la naissance disparaît.

Du fait de l'extinction de la naissance, la vieillesse, la mort, le chagrin, les lamentations, la douleur … disparaissent.


Cette forme fait apparaître un retournement de situation au milieu. C'est comme si l'attention (Sati) s'était éveillée en route au lieu de laisser l'inattention poursuivre son chemin jusqu'au bout. En milieu de parcours, nous nous rattrapons et ne permettons pas au cycle d'interdépendance de se dérouler jusqu'au bout. Ce qui était une question d'apparition conditionnée de la souffrance devient une question de cessation du processus de la souffrance à partir de son milieu. La soif du désir est éteinte et ainsi la souffrance n'est pas engendrée à la fin de la chaîne d'interdépendance.


Il est important de remarquer en quoi le maillon faible de la sensation est crucial. C’est à partir de là que naît le “je”, “l’ego”. Cette sensation, comme nous l’avons vu, m’est propre et acquise par conditionnement. La reconnaître pour ce qu’elle est et seulement pour ce qu’elle est va bloquer la soif, le désir et l’attachement, trois éléments qui créent et renforcent l’ego. Si cette sensation relève de “Ceci n’est pas moi, je ne suis pas ceci, et ceci ne m’appartient pas”, alors, la suite ne peut plus naître. Ceci peut s'expérimenter en méditation, et c’est un entraînement à avoir. Un peu plus loin et avec de l'entraînement, en lâchant complètement l’observateur, et que comme dans le Bahya sutta on arrive à “quand dans la perception, il n’y a que la perception”, alors, même la sensation agréable, désagréable peut ne pas apparaître.


Il existe une autre description de la sortie de ce cycle. En raison de dukkha dont on prend conscience conformément aux quatre vérités des nobles et, d’une moindre ignorance acquise par la pratique de la médiation et de l’octuple sentier, une voie de sortie apparaît, elle est décrite ainsi :


Avec la foi, la joie (Pamoja) apparaît.

Avec la joie, la félicité (Piti) apparaît.

Avec la félicité, la paix (Passadhi) apparaît.

Avec la paix, le bonheur (Sukha) apparaît.

Avec le bonheur, la concentration (Samadhi) apparaît.

Avec la concentration, la connaissance de ce qui est apparaît. (grâce à Vipassana)

Avec la connaissance de ce qui est, le désenchantement apparaît.

Avec le désenchantement, le détachement apparaît.

Avec le détachement, la libération apparaît.

Puis, c’est le Nibbana.


Vous vous rappelez peut-être que nous avons vu certains de ces termes lors d’une pratique de méditation et de l’étude des sept facteurs d’éveil. Ce qui renforce l’intérêt de la pratique de la méditation et en particulier de Vipassana.


On peut voir ainsi l’importance de la compréhension de la coproduction conditionnée. Elle est vraiment le cœur de tout le Bouddhisme. Tout y est. Elle synthétise tous les éléments du bouddhisme. Mais il est nécessaire avant de l’aborder d’avoir été sensibilisé à ce qui y est évoqué. C’est ce que nous avons essayé de vous faire toucher du doigt au cours de cette année.


सब्बे सता सुखिता होन्तु

Sabbe satta sukhita hontu

0 vue0 commentaire

Posts récents

Voir tout