L'ego

Soirée du 23 avril 2018

“Il est très difficile d’attraper un chat noir dans une pièce sombre… surtout quand il n’y a pas de chat”

Version Zen : “Qu’est-ce que l’ego ? C’est un chien.”

Partons de cette idée.

Si je vous dis “un chien”, tout le monde va comprendre de quoi je parle. Chacun va créer une image correspondant à l’idée “chien” qu’il a. Mais est-il petit, grand, à poils longs, à poils ras, brun, beige, noir, a-t-il plusieurs couleurs ? Si je vous dis “j’ai vu un chien”, vous comprenez ce que je veux dire, mais vous ne savez pas ce que j’ai vu. Est-ce qu’il courait, aboyait, dormait, était immobile ? Vous n’êtes en relation qu’avec le concept du chien et du fait que je l’ai vu, mais vous n’êtes pas en relation avec l’expérience que j’ai vécue quand j’ai vu le chien.

J’aurai pu dire pareil avec une fleur. Vous ne seriez pas plus avancé. Sauf que “fleur” vous choque moins que “chien” parce que le concept est associé à des choses plus jolies et agréables dans le cas d’une fleur que d’un chien. Mais en fait, la fleur était-elle petite, grande, bleue, rouge, rose, en bouton, éclose ? Le concept est bien utile mais il ne décrit pas l’expérience. Si on ne précise rien, personne ne peut dire ce que recouvre le concept “chien” ou “feur”. Sous cet angle, “chien” ou “fleur” ne signifie rien de concret.

Dans le cas de l’ego, nous sommes 6 milliards à pouvoir dire “moi” ou “je”, mais personne n’est capable de décrire ce qu’est ce “je”. “Moi” ? suis-je le même “moi” que quand j’avais 5 ans, 10 ans, 30 ans… pas vraiment… Suis-je le même moi quand je suis en colère, triste, joyeux ? Quand je mange, quand je marche ? Où est ce “moi” quand je dors ? Et là où les choses sont plus subtiles, c’est qu’en cherchant vraiment très loin, le concept “je”, “moi”, “ego” ne se réfère à rien contrairement à “chien” ou “fleur”.

Comme pour le chien ou la fleur, “ego”, “moi”, “je” sont des concepts qui ne recouvrent aucune réalité. Un chien à poils longs, brun, petit, qui aboie en courant, c’est déjà plus concret. “Je suis content quand je mange du chocolat”, c’est aussi du concret, mais les concepts n’ont aucune réalité, ils décrivent une expérience et juste une expérience temporaire mais ils ne sont pas la réalité de l'expérience. Le “je”, l’ego sont recréés à chaque instant. Les 5 agrégats et la mémoire qui s’y trouve, font que quand je me vois sur une photo à 10 ans, je reconnais la personne qui s’y trouve comme étant “moi”, parce qu’une ensemble de concepts dans ma banque de données internes me permettent de m’identifier à ce “moi”.

Pourtant, ce “moi” d’aujourd’hui qui regarde la photo de ce “moi” quand j’avais 10 ans n’ont pas plus de réalité l’un que l’autre. Il n’y a aucune continuité de ce “moi”. Quelle trace réelle non conceptuelle de ce ”moi à 10 ans” reste-t-il réellement en moi aujourd’hui ? Mon corps a changé, ma vision de moi-même et du monde ont changé, j’ai vieilli, mûri ou pas… Je crée dans l’instant le concept de “moi aujourd’hui” et de “moi à 10 ans”. Et mes 5 agrégats créent les analogies conceptuelles qui étayent les 2 concepts de “moi” et leur confèrent une suite, une réalité durables. Alors que cette continuité n’a aucune réalité.

Vous pouvez chercher où vous voulez, il n’y a pas de “moi”, de “je”, d’ego qui perdure d’instants en instants. Les 5 agrégats vous le laissent croire ; le tour de magie fantastique est là. Votre “je”, “moi”, “ego” vous fait croire qu’il est quelque part dans tout ceci, que vous n’existez que parce que ce “je” existe. Alors que plus vous le chercherez, moins vous le trouverez.

N’essayez pas de le tuer, de l’affronter… vous êtes perdants, il a toujours un coup d’avance. C’est lui qui vous suggère de le tuer, et il sait déjà comment il se défendra. Sur la route vers l’éveil, la toute dernière chose qui tombe après toutes les épreuves, les empêchements et les entraves, c’est “l’ego”, le “je”, le “moi”. Alors, prenez pour l’instant le temps de comprendre comment il fonctionne, comment il est recréé d’instants en instants, comment il apparaît, sans jugement sur sa nature, sans conflit, en étant par contre en accord avec ce qui est.

N’essayez pas d’attraper le chat noir dans la pièce sombre, alors qu’il n’y a pas de chat, commencez juste déjà par chercher la lumière pour mieux voir.

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